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juin
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Le service des relations internationales (SRI) a le plaisir de partager un article de Claire Lambry, étudiante en master 2 Politiques européennes et affaires publiques à Sciences politiques Strasbourg, sur le thème des séjours de mobilités Erasmus+. Elle a effectué un stage au SRI d'octobre 2018 à janvier 2019. Nous la remercions d'avoir accepté de partager son travail avec nous. Diana Signolet et Anne Ankenmann, responsables respectivement des mobilités sortantes et entrantes du SRI apportent dans cet article leurs témoignages sur l'impact de la crise sanitaire sur la mobilité étudiante à l'INSA Strasbourg.

Texte : Claire Lambry

Chaque année, le programme européen Erasmus+, permet à tout acteur du domaine de l’éducation et de la formation de partir en séjour de mobilité afin de profiter d’une expérience unique à l’étranger. Avec la crise sanitaire, provoquée par la pandémie de coronavirus, la majorité des activités réalisées dans le cadre du programme ont été perturbées.

« Mais pourquoi aurais-je les yeux fixés sur un seul exemple ? » se demandait Erasme, philosophe néerlandais, qui part son œuvre et ses engagements en faveur d’une Europe plus solidaire, a inspiré le nom du programme de mobilité de l’Union européenne : Erasmus+. Désormais, Juliet, étudiante française partie à Rome dans le cadre d’un échange universitaire, a les yeux fixés sur un seul écran.

Attablée devant son ordinateur, elle suit depuis début septembre l’intégralité de ses cours dans son appartement, sans pouvoir profiter des possibilités qu’offraient jusqu’à présent les séjours de mobilités Erasmus+ en termes de rencontres, de découvertes et de développement de liens sociaux internationaux. Le contexte pandémique actuel déstabilise plusieurs objectifs
du programme, notamment celui de favoriser l’émergence d’une jeunesse européenne unie par des expériences éducatives, formatrices et sportives à travers l’Europe.

Des réponses politiques au niveau européen pour affronter la première vague épidémique :

Quand la crise de la Covid-19 a éclaté en février 2020, ce sont plus de 150 000 personnes qui profitaient d’une mobilité Erasmus+. D’après une enquête réalisée par la Commission européenne en juillet dernier, les trois quarts de ces participants sont rentrés dans leur pays d’origine en raison de l’évolution sanitaire et des nombreux confinements qu’elle a engendrés en Europe. Afin de rassurer et de conseiller les différents acteurs qui profitaient ou qui travaillaient à des projets Erasmus+, les députés européens ont rapidement interpellé la commissaire européenne Mariya Gabriel, chargée de la jeunesse et de l’éducation, afin que des mesures soient prises à la hauteur de cette situation exceptionnelle. Les réponses politiques apportées concernent principalement l’assouplissement des règles et des procédures que doivent normalement respecter l’ensemble des porteurs de projets financés par le programme Erasmus+. Au vu des difficultés qu’ont pu rencontrer certains étudiants et personnels à l’annonce des différents confinements, les agences nationales Erasmus+ ont fortement été sollicitées. La Commission européenne leur a donc donné la possibilité d’invoquer la clause du cas de force majeure.

C’est au cours de la période estivale que les choses se sont accélérées pour les acteurs de la mobilité européenne. Ce fut le cas notamment pour le service des relations internationales de l’INSA Strasbourg, qui envoie chaque année une soixantaine d’étudiants à travers l’Europe.

« Entre des mobilités qui ont été annulées au dernier moment, et des changements de destination pour s’adapter au contexte sanitaire de certains pays, la préparation de la rentrée 2020 n’a pas été de tout repos » affirme Diana Signolet, responsable de la mobilité sortante
de cette école d’ingénieurs. Elle ajoute que « certains étudiants ont même décidé d’annuler leurs projets de mobilité Erasmus, car ils n’avaient pas envie de partir dans ces conditions ».

Solidarité, adaptation et innovation :

Ce n’est pas l’option qu’a choisie Margot, jeune française arrivée à Vilnius au mois d’août pour une année d’études : « La Lituanie a été relativement épargnée par la première vague, donc je suis partie sans trop me poser de questions, en revanche, j’ai dû rester confinée deux semaines à mon arrivée, avant de pouvoir découvrir la ville et rencontrer les autres étudiants européens ». Un cursus Erasmus qui a donc commencé par une quatorzaine obligatoire, et qui a contraint certains étudiants à participer à des événements d’intégration en virtuel : « Au cours des premiers événements, ils étaient nombreux à voir les choses se passer sans eux, mais heureusement, une certaine solidarité s’est mise en place, on était super actifs sur les réseaux sociaux et il y avait beaucoup d’évènements qui s’organisaient à la fois en présentiel et en distanciel pour que les gens puissent prendre part aux activités depuis chez eux ».

Les associations étudiantes Erasmus ne sont pas les seules à avoir fait preuve d’adaptabilité. À la fin de l’été, le programme Erasmus+ a innové en proposant des nouveaux partenariats stratégiques en réponse à la pandémie de Covid-19. À cette fin, deux appels à projets ont été lancés par la Commission européenne afin de soutenir notamment la préparation à l’éducation numérique. Bien qu’il semble nécessaire de travailler au développement des technologies de formation à distance, il n’empêche que pour favoriser un sentiment d’appartenance à un espace commun européen, rien ne vaut les échanges et les rencontres réelles que permettaient jusqu’à présent les séjours de mobilité Erasmus+.

Lorsque de nouveaux confinements ont été décrétés pour affronter la reprise épidémique en octobre 2020, les liens établis entre les étudiants internationaux ont commencé à s’effriter : « Je ne parle plus à mes connaissances italiennes car les étudiants locaux ont quitté la capitale pour retourner chez leur parents » explique Juliette, qui s’est retrouvée toute seule dans sa colocation à Rome. « La plupart des amis qu’on s’est fait ici rentrent dans leur pays, donc c’est sûr, ce n’est vraiment pas réjouissant » rajoute Margot, désormais dans l’incertitude concernant la suite de son année à Vilnius.

Au niveau politique européen, les parlementaires sont conscients du risque de solitude qui peut toucher certaines personnes expatriées en séjour de mobilités Erasmus+. C’est pourquoi la député européenne Sabine Verheyen, qui préside la commission de la culture et de l’éducation, a déclaré que les responsables du programme Erasmus+ ont « le devoir de veiller à ce que ceux qui se sont inscrits à nos programmes reçoivent l’aide et le soutien dont ils ont besoin ». Concernant les étudiants en échange universitaire, les établissements
d’enseignements supérieurs sont en première ligne pour soutenir les élèves internationaux :

« Il est important de garder le contact, même par mail, avec nos étudiants étrangers qui sont en études chez nous parce que ce n’est pas facile d’être isolé, loin de sa famille, dans une situation comme celle-là » explique Anne Ankenmann, responsable de la mobilité entrante à l’INSA Strasbourg.

Il arrive aux étudiants en échange de se questionner mutuellement sur la gestion de la crise sanitaire dans leurs pays respectifs, et ils s’aperçoivent que, finalement « nous, les étudiants européens, on est censé être réunis grâce au programme Erasmus+ de l’Union européenne et, en parallèle, on observe que les pays continuent de réagir de façon hyper indépendante à cette pandémie qui nous concerne tous ». Cette jeunesse, qui aurait souhaité profiter pleinement d’une expérience internationale commune, voudra-t-elle alors développer une plus grande solidarité européenne pour répondre collectivement à ce type de crise ? Un Erasmus en demi-teinte qui fera peut-être naître une volonté de coopération européenne plus forte, c’était en tout cas, ce que soutenait Erasme.

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